Une voix à travers mon mépris.

Le ciel était maussade, mon humeur aussi. Je n’aime pas les gens. Je n’aime pas les bus en retard. Je n’aime pas avoir eu une mauvaise journée.

Mais j’aime bien la pluie. Alors qu’autour de moi, dans l’arrêt, les gens s’agglutinaient jusqu’à ne plus pouvoir respirer, terrorisés par les trois malheureuses gouttes de pluie qui tombaient, j’avançais de quelques pas, me retrouvant libre. Et sous la pluie.

Je trifouillais mon mp3 jusqu’à monter le son à m’en faire exploser les tympans. J’aime cette musique. Des notes de piano qui s’envolent joyeusement, un son de violon qui les porte…. Ca me rend le sourire.

Plus de batterie. Décès final de mon mp3. Je n’aime pas les mauvaises journées.

Agacée, je le fourrais dans ma sacoche, et j’essayais d’ignorer le brouhaha incessant autour de moi. Des gens. Normaux. Avec leurs soucis, leurs délires, leurs voix qui hurlent (mais bordel ils comprennent pas qu’ils hurlent pour couvrir les autres, qui à leur tour hurlent encore plus fort, et ainsi de suite ?!). Mélancoliquement, je jettai un regard désespéré au coin de la rue, et regardai distraitement l’Opéra de ma ville, de l’autre côté de la route. Toujours pas de bus.

C’est alors que… une voix. Une voix au dessus des autres. Encore quelqu’un pour crier plus fort que les autres, à tous les coups.

Non. Il chantait. Je compris que ça venait de l’Opéra. D’ailleurs, même maintenant, je n’ai toujours pas compris comment j’avais pu la percevoir. Peut être une fenêtre ouverte… Mais là n’est pas le propos.

Cette voix… Evidemment, j’avais déjà entendu des chanteurs d’opera à la radio, sur un cd ou à la télévision. J’avoue que rien ne m’avait transportée. Et là, ce chanteur invisible, avec sa voix à peine perceptible dans le vacarme urbain, qui ne chantait même pas un véritable  morceau, mais faisait des exercices vocaux…

Il m’a tapée dans le coeur, ce jour là. J’ai fermé les yeux, fais le vide, et j’ai oublié. J’ai oublié que j’étais minuscule dans la foule, mais toujours trop grande, trop pataude individuellement, pour m’y fondre. J’ai oublié mon profond mépris pour ces gens, venant de mon incompréhension à leur égard. J’ai oublié que j’en avais ras le bol de tout.

Ca n’a duré que quelques secondes, quelques brèves secondes où je n’ai plus été seule dans ma tête. Il ne chantait que pour moi, et j’étais la seule à l’entendre.

Le bus est arrivé. La journée était radieuse.

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8 réponses à Une voix à travers mon mépris.

  1. Merya dit :

    ce texte me prend au tripes à chaque fois que je le lis (et c’est la troisième fois ^^)
    un morceau de poésie dans un ciel de grisaille..non deux en fait: le chant et ton texte =)

  2. sucredelune dit :

    T’as qu’à traîner un peu plus vers l’Opera, miss o_o. Mais merci^^.

  3. Sacriledge dit :

    Bah alors la miss, débordéééée ? :’( Oublie pas ton blog, j’avais bien aimé tes premier et … dernier articles (ouais juste deux o_o’). Tiens moi au courant pour ce-que-tu-sais …

    Hey ! Pendant les vacances … ça te tente qu’on se fasse un dossier puuuur yaoi ? <3 (Je suis sûre que ça plairait à beaucoup =}).

  4. Silent Sib dit :

    J’arrive comme dit après la bataille, plus d’un an après que le billet ait été écrit, mais sa lecture m’a renvoyé à ce que j’ai déjà pu éprouver moi-même.

    J’ai une tendance à être sarcastique, cynique, parfois même méchant (et ce même avec mes amis…, mais bon, ils me connaissent donc ils savent qu’il ne faut pas le prendre sérieusement) avec les gens autour de moi. Je ne saurais dire depuis quand je suis comme ça, je sais juste que je ne l’étais pas étant tout jeune. A l’époque j’étais naïf et je me suis pris beaucoup de coups dans la gueule. C’est ce genre de trucs qui forcent à grandir et essayer de devenir plus fort mentalement. Et ça m’a conduit à me construire une carapace que personne ou peu de personnes ne sauraient passer outre. Peur de trop se dévoiler, peur d’avoir mal, de souffrir. Alors… on se met en retrait des autres, on laisse notre méchanceté et notre amertume prendre le dessus.

    Et parfois, je dis bien parfois, on se demande : “mais pourquoi est-ce que je suis devenu comme ça ?”. Mais malgré tout, on n’y peut rien changer, ou peu. Car c’est bien grace au contact humain qu’on peut changer, autant dans le bon sens que dans le mauvais. Vivre seul, reclus, j’ai déjà essayé. Je m’y étais habitué. Mais quelle vie de merde…

    Depuis quelques temps, j’ai trouvé des amis (référence à Tryo :P ) avec qui je me sens bien. Mais malgré tout, je suis resté moi-même. Je reste plein d’amertume, même quand j’essaie de ne pas le montrer. C’est pas facile tous les jours.

    Ce mépris que tu ressens je sais ce que c’est. Nombre de fois je l’ai ressenti, et nombre de fois je continue de le ressentir. Mais parfois, certaines choses, certaines personnes… nous font nous dire qu’au final ça pourrait être bien pire. Que notre vie ne peut que s’améliorer, quand on a touché le fond. Et c’est là que le sourire reprend le dessus, au moins pour quelques temps, le temps d’oublier la peine qu’on connait trop bien.

  5. sucredelune dit :

    Bah… Je sais depuis longtemps que je considère à peu près 99% de mon entourage comme de la merde. Non parce-que je les méprise, mais parce-que je n’arrive à admettre que je puisse les intéresser. Donc je pars du principe “vous ne m’aimez pas ? Ca tombe bien, moi non plus !”.

    Et la méchanceté et l’ironie sont tellement plus faciles que le sourire… Mais à force, cela joue des tours.

    Merci d’être passé ici^^.

  6. Silent Sib dit :

    Gros manque de confiance en toi si tu n’arrives pas à admettre que tu puisses intéresser d’autres personnes donc. Tu trouves pas que t’es un peu trop dure avec toi-même là ? Après tout, si en méprisant 99% de ton entourage, une partie (ne serait-ce qu’infime) de ces derniers ne te méprise pas également et semble même parfois apprécier ta compagnie, ta conversation ou ton humour (et je suis certain que ça arrive.), c’est qu’au final tu n’es pas si inintéressante que tu le penses, tu crois pas ?

    Excuse moi de jouer un peu le rôle du psy mais j’ai beaucoup de mal à m’y empêcher quand j’ai quelque chose à dire x)

    Enfin bon, je sais pas moi… je te “connais” (c’est un bien grand mot) depuis quoi, quelques jours et après avoir cherché quelques infos ici et là, t’es loin d’être inintéressante comme tu sembles le penser. T’as semblerait-il un bon sens critique d’après ce que j’ai pu lire, je trouve que t’as une bonne plume, ton humour… bah je peux qu’apprécier vu que j’ai le même genre… Si quelqu’un comme moi peut voir en toi des choses intéressantes alors que je ne te connais même pas IRL, c’est que clairement, il y a quelque chose à voir.

    Loin de moi l’idée de vouloir passer pour celui qui sait tout hein, c’est pas (vraiment) mon genre… xD
    Tout ce qu’il y a à savoir c’est que ce que je dis, je le pense (et dieu sait ce que ça a pu m’apporter comme problèmes de toujours être sincère…)

    Faut juste en prendre conscience quoi, et c’est sûrement le plus dur de la tache.

  7. sucredelune dit :

    Je suis consciente de ce problème depuis suffisamment d’années. Je n’ai aucune confiance en moi, donc j’arrive pas à accepter que les autres m’apprécient, donc je provoque exprès les engueulades pour les faire fuir.

    Ca, c’est un fait, et aucun psychologue sur terre ne pourra m’en apprendre plus.

    D’où ça vient, je le sais aussi, et personne ne pourra rien y faire, ce qui est fait est fait.

    Par-contre, à 21 ans, ce que je n’ai toujours pas, c’est la solution. Et ça aussi, je crois que personne ne l’a.

  8. Sacriledge dit :

    En fait, Sib, c’est un peu notre psychologue à nous, et j’approuve =]

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