
White night imagination – Atelier Iris
La gitane s’élança par-dessus le cercle de flammes dans une gerbe d’étincelles. Les hommes réunis autour se turent, les enfants écarquillèrent les yeux. Elle dansait au son du violon et des grelots qu’elle avait attachés à ses poignets et ses chevilles. Elle se cambrait, elle s’élançait, elle virevoltait, ses longs cheveux de feu l’habillaient, ses voiles cachaient à peine son corps tendu, couvert d’une fine sueur, elle dansait, elle était le feu et les larmes, elle était le courage et l’air, elle était… Elle s’arrêta, cambrée, fière, belle et insolente, dévisageant lentement chacun des spectateurs. Elle fit un geste au-dessus du feu, celui-ci s’apaisa, et prit une belle teinte couleur de terre battue. Sa voix s’éleva, douce et claire.
“J’ai vu le matin se lever sur la plaine. J’ai vu les hommes fourbir leurs armes. J’ai vu leurs étendards claquer au vent. J’ai respiré l’odeur des chevaux sous leurs plaques de cuir, j’ai senti le soleil caresser ma peau déjà échauffée par l’excitation du combat…”
Restant sur place, dansant lentement puis de plus en plus violemment, à un rythme qu’elle seule entendait, elle fit un geste et le feu se fit haut comme un homme et vert comme son courage.
“J’ai vu, reprit-elle, d’une voix pleine de défi, le Seigneur sortir de sa tente, son armure luir au soleil. J’ai entendu son appel, j’ai pris les armes et je l’ai suivi, et j’ai dansé pour lui et j’ai tué pour lui…”
Elle reprit sa danse sauvage, le feu devint un arbre immense, couleur de sang et de mort, mais aussi couleur de victoire et de vie.
“ET NOUS AVONS BAISE CETTE TERRE ! hurla-t-elle, EMPLIE DU SANG DE NOS ENNEMIS, PLEURANT LA MORT DE NOS AMIS !”
Et chacun qui la voyait pouvait sentir son coeur s’emplir du bruit des fers qui s’entrechoquent, des râles des blessés et des cris des vainqueurs. Les enfants avaient les yeux qui brillaient, les hommes serraient fièrement les dents. Et elle dansait, libre et incontrôlée, elle dansait toute la fureur de la bataille.
“Et le martèlement de ma danse, dans la poussière de notre victoire, a marqué les survivants du sceau des héros…” murmura-t-elle d’une voix rauque et haletante, tandis que le feu se mourrait.
Les spectateurs se dispersèrent, elle ramassa sa cape et les quelques pièces d’argent qui y avaient été jettées. Un homme demeura.
Dans les lueurs mourantes du feu, il s’approcha. Elle ne se tourna même pas vers lui, rabattant sa capuche sur son visage en s’emmitouflant dans sa cape.
“C’est amusant, selon le pays où tu te trouves, cette bataille trouve toujours une issue différente…” lui murmura-t-il, goguenard. Elle consentit à lui jetter un regard glacial.
“Que des gosses de quinze ans se soient faits massacrer pour un seigneur ou un autre, à mes yeux, ça revient au même.” lui répondit-elle. Elle le haïssait autant qu’elle l’adorait. Car elle aimait tendrement les mercenaires dont elle avait fait partie. Mais elle haïssait ce qu’ils avaient fait. Son ancien partenaire le savait.
“On est nés pour ça, c’est ainsi.” dit-il en haussant les épaules. Il n’ajouta pas qu’elle était comme eux, c’était inutile. Il lui tendit l’ordre de mission qui était arrivé de leur chef.
“Tu es des nôtres ?”
Son sourire luisait dans le noir, un sourire de tueur. Elle eut d’abord un mouvement de recul. Sa vie actuelle… Elle était libre. Enfin… Libre… Avec un soupir, elle dut admettre, encore, qu’il avait raison. Le sourire qu’elle lui renvoya était encore plus éclatant.
Certaines paroles de la danse de la gitane sont directement inspirées du texte Le tigre bleu de l’Euphrate, de Laurent Gaudé. Les personnages présentés ici sont des personnages de rôle-play.
hum ça me fait penser à la danse de Liane dans la “Tapisserie” ^^ je sais pas si ton texte est antérieur ou pas mais y’a une ambiance sauvage et héroïque à la fois qui rend vraiment bien =)
Il est postérieur, j’avoue °°. En fait, depuis que j’ai lu ce passage, j’ai vraiment pigé comment écrire une danse, surtout pour Liroe xD.