Leçon de souffrance n°01 : Whisky-Piano

Beethoven – Sonate au clair de lune

J’entrai dans mon appartement, je verrouillai la porte derrière moi. Je me débarassai de ma veste dégoulinante de pluie en la jettant… Quelque part. Ce soir non plus, je n’allumai pas la lumière. De toute façon, l’orage qui grondait dehors apportait une clarté crépusculaire à mon chez-moi. Trop clair. Je fermai les yeux, je refusai de voir. Je m’accroupis, défaisant les lacets de mes chaussures. Je les retirai, lentement. Je me redressai, lentement. Les yeux toujours clos. Au loin, à travers le vacarme de la pluie tambourinant sur les fenêtres, j’entendis un son… J’avais laissé la chaîne hi-fi allumée avant de sortir. Mon ventre se tordit douloureusement, quand je reconnus la musique. Sa musique. A cet instant, je savais que garder les yeux clos ne servirait à rien. Elle était là.

Les notes tirées plaintivement du piano étiraient les secondes, allongeaient le temps. J’ouvris les yeux. Elle était là, devant moi, au milieu du salon. Sur une table basse, elle avait disposé un couteau et des amuse-gueules, pour un apéritif. Même dans le noir, je pouvais percevoir le moindre détail sur elle. Ce soir, elle était habillée avec une robe simple. Ses cheveux étaient bouclés. Ses yeux étaient noirs. Elle me souriait, provocante. Elle savait que je n’aimais pas quand elle faisait la pute. Mais elle savait aussi qu’elle m’excitait terriblement. La musique continuait, le prélude venait de s’achever. Elle ne bougeait pas, elle m’attendait.

Comme tous les soirs depuis des années. Je fis mine de l’ignorer, je desserrai ma cravate en m’avançant dans la pièce et en allant me servir un verre de whisky. Même dans le noir, je connaissais la position de la bouteille et du verre, identiques à chaque soir. Je n’avais jamais aimé l’alcool, surtout cette boisson là. Mais ça me donnait une contenance, et du courage. Pour elle. Je me retournai, mon verre à la main. La robe avait disparu. Son sourire était encore plus vénéneux. La musique continuait, les notes au piano s’enlaçaient. Je bus mon verre d’une traite, je me brûlai la gorge. Je le reposai, je m’avançai vers elle.

Comme chaque soir, je lui arrachai ses sous vêtements et lui fis l’amour violemment, à même le tapis. La musique continuait, bourdonnant dans ma tête. Elle riait sous mes coups. Je savais que je la frappais, elle continuait de rire. La musique entama son final. Le salon était silencieux. Elle gisait, sous moi, muette. Son sang commençait à imbiber la moquette. Je lui avais percé le ventre avec le couteau qu’elle avait elle-même amené. J’avais la tête qui tournait. L’alcool. Le sang. Son rire. La musique. Le CD lança ses ultimes notes. Je rouvris les yeux. J’étais seul.

Comme d’habitude, depuis que l’autre homme qu’elle voyait l’avait tuée dans notre appartement, avec ce couteau.

Cette entrée a été publiée dans Sucre amer. Ajouter aux Favoris le permalien.

Une réponse à Leçon de souffrance n°01 : Whisky-Piano

  1. sfors-dg dit :

    amours …

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s