[Texte de rôle-play pour le jeu Royaumes]
Ce chant est celui de l’esclave qui ne l’a jamais été. En Tecil, venez écouter l’histoire de celui qui se bat pour la liberté.
Chapitre I : La fuite
Plus il l’aime, plus il la détruit.
Le froid de novembre s’abattait sur tous les royaumes, sculptant des paysages désolés et de sombres forêts. Les bois, noirs et décharnés, se tordaient en longs gémissements sous le souffle du vent, dans une atmosphère sordide et ténébreuse. Le ciel bas et lourd de menaces orageuses écrasait l’horizon de son immensité nuageuse. Dans ce paysage désolé, une petite silhouette courait, ses pieds foulant les herbes sèches et ses longs cheveux se prenant dans les branches des arbres.
Pauvre femme. Elle avait été belle, autrefois. Elle l’était toujours. Mais la peur et la crainte déformaient la douceur de ses traits. Ses longs cheveux, d’un beau roux sombre il fut un temps, étaient ternes et salis, emmêlés de poussières et de feuilles mortes. Ses vêtements se réduisaient à quelques loques. Autour de son cou, la marque de l’infamie : le collier des esclaves. Cette femme courait, poursuivie par ses démons, fuyant de toutes ses forces. Elle serrait contre elle son bien le plus précieux, seule chose qu’elle avait sauvée dans sa fuite. Elle luttait de toutes ses maigres forces, usées par la servitude, refusant d’abandonner dans cette course éperdue.
Un gémissement d’angoisse franchit ses lèvres desséchées : derrière elle, les hurlements des manticores se faisaient entendre, déchirant le silence assourdi de l’endroit. Avec des sanglots de désespoir, elle accéléra encore, son souffle court raisonnant dans ses côtes comme celui d’une biche affolée. Elle tomba, se blessa à la cheville. Elle se releva immédiatement, vérifia que son précieux bien n’avait pas souffert de la chute d’un regard et reprit sa course, boitant. Elle ignorait la douleur, se raccrochant au maigre espoir qui vacillait au bout de cette course…
Elle déboucha soudain hors des bois, et aperçut au loin les premières maisons d’un village. Avec des halètements d’angoisse, tandis que la cavalcade derrière elle se rapprochait, et que les cris aériens des harpies résonnaient, elle se précipita en avant. Alors qu’elle arrivait près des bâtiments, il s’avéra que le village en question était en fait un camp d’entraînement mercenaire stable. Elle se rua au milieu du champ, au milieu des mercenaires, et se laissant tomber à genoux, elle lâcha sa prière en une plainte déchirante :
« Au nom de la Liberté, je vous en conjure, miséricorde ! »
Elle resta prostée, sanglotant, serrant contre elle le petit paquet. Alerté, le responsable de la phalange qui était en exercice sur le terrain arriva au pas de course. Lorsqu’il aperçut la jeune femme, il laissa échapper une exclamation de la plus vive surprise.
« Toi ! Mais… »
Au son de sa voix, la femme releva la tête, les cheveux à demi cachant son visage baigné de larmes. Elle l’interrompit :
« Au nom de notre ancienne amitié, mon vieil ami, qui a appartenu comme moi aux troupes de la Liberté, je t’en supplie, sois miséricordieux… »
Tremblante, elle leva vers lui son paquet. Il le saisit, tout en l’aidant à se relever, la soutenant car elle était chancelante. Au même instant, les cris des poursuivants se faisaient entendre dans le village. Une meute de manticores déboula sur le champ d’entraînement, survolée au loin par des harpies qui tournaient en cercles menaçants. La meute était menée par un cavalier immense et noir, au visage aussi blanc que la mort, et aux cornes aussi sombres que son esprit. A son armure, tous le reconnurent comme un démon servant le mal. La femme gémit en l’apercevant. Le chef de la phalange resserra sa prise autour de son amie.
Le démon fit un geste, toute la meute se fit silencieuse. Il ne prit pas la peine de descendre de son cheval, le faisant avancer d’un mouvement de rênes. L’esclave en fuite se pencha vers son paquet, qui commençait à gémir en se tortillant dans les bras du capitaine. Celui-ci entendit la jeune femme murmurer trois mots. Puis, elle s’échappa de l’étreinte de son ami, et, aussi vacillante ait-elle été, elle se redressa, avec un regard de reine, lumineux et triomphant. C’était une créature brisée, mais à cet instant, elle possédait toute la noblesse du cœur.
« Il est trop tard, lâcha-t-elle. Tu lui as mis son collier d’esclave, mais je n’ai pas laissé l’ancienne magie faire son œuvre. Il est né libre, et a été confié à un homme libre… Tu n’as plus aucune emprise sur lui ! »
Le démon l’ignora. Il porta son regard sur le capitaine. D’une voix basse et grondante, terrible, il articula :
« Cet enfant est mien. J’exige que tu me le rendes. »
Bien qu’il ne saisisse pas véritablement la portée de la scène, le capitaine se redressa, serrant l’enfant contre lui, et porta la main à sa garde, tandis que ses hommes se resserraient autour de lui :
« Elle a dit vrai. Elle me l’a confié, j’en ai accepté la garde. L’ancienne magie le lie désormais à moi, et si elle t’appartient, lui grandira libre. »
Le démon lâcha un hurlement de rage, son cheval rua. La femme tomba, et manqua de se faire piétiner par les sabots meurtriers. Avec un regard de fureur, le démon se pencha et la saisit, minuscule dans sa poigne de fer. Il la souleva par son collier, l’installant sur sa selle, devant lui. Elle pleurait. Sans un regard en arrière, le démon fit faire demi-tour à son étalon, tandis que la meute hurlante commençait à piétiner. La femme se pencha, jetant un dernier regard empreint de douleur à son fils.
